{"id":1218,"date":"2013-12-05T15:52:32","date_gmt":"2013-12-05T14:52:32","guid":{"rendered":"http:\/\/loiseau-lyre.fr\/mille-et-une-vies\/?p=1218"},"modified":"2014-05-28T23:33:19","modified_gmt":"2014-05-28T21:33:19","slug":"chronique-du-grand-monde-des-grands","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/loiseau-lyre.fr\/mille-et-une-vies\/chronique-du-grand-monde-des-grands\/","title":{"rendered":"Chronique du grand monde des grands"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Tu sors pour quelques dizaines de minutes, une formalit\u00e9 administrative dont tu sais \u00e0 l&#8217;avance que ce sera tr\u00e8s administratif mais un peu plus qu&#8217;une simple formalit\u00e9. \u00c7a fait deux mois que tu attends que P\u00f4le Emploi te rende ton dossier que de toutes fa\u00e7ons c&#8217;est pas eux qui te paient mais \u00e7a passe par eux quand m\u00eame. Deux mois que tu attends de l&#8217;avoir pour le donner \u00e0 la fac -ton ex-employeur du public-, qui va prendre autant de temps pour finir par te payer ton ch\u00f4mage, et qu&#8217;\u00e0 la fin tu seras pay\u00e9e tout d&#8217;un coup mais t&#8217;auras eu le temps d&#8217;\u00eatre \u00e0 la retraite. Et l\u00e0, ils te renvoient ton dossier mais en fait il manque -encore- une pi\u00e8ce, ce qui relance la machine pour un bon mois (mais tu ne le sauras que plus tard, l\u00e0 tu crois encore qu&#8217;en y allant en personne \u00e7a peut acc\u00e9l\u00e9rer les choses -oui, d&#8217;accord tu es na\u00efve-). Bref. Il fait plut\u00f4t beau, avec un petit vent froid. Si t&#8217;\u00e9tais n&#8217;importe o\u00f9 ailleurs, les couleurs d&#8217;automne seraient superbes, mais en r\u00e9gion parisienne, entour\u00e9es de b\u00e9ton, elles sont aussi tristes qu&#8217;un orang-outang en vitrine au jardin des plantes. Mais bon, comme tu prends l&#8217;air inopin\u00e9ment (t&#8217;es quand m\u00eame cens\u00e9e bosser et cette balade au P\u00f4le Emploi -que tu continues \u00e0 appeler ANPE, comme une vieille que tu seras bient\u00f4t- a des allures de r\u00e9cr\u00e9), tu profites du soleil \u00e9dulcor\u00e9 et de la fraicheur sur tes joues.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur ton trottoir, devant des sapins sur un socle de bois, qu&#8217;ont l&#8217;air perdus devant le Liddl, tu t\u2019appr\u00eates \u00e0 croiser une classe coll\u00e9giens (qui vient d&#8217;en face), et un couple de petits vieux (qui arrive perpendiculairement, \u00e7a c&#8217;est pour \u00eatre pr\u00e9cise mais au final on s&#8217;en fout, \u00e7a servira pas pour la suite). Les coll\u00e9giens sont tr\u00e8s coll\u00e9giens (quoiqu&#8217;ils aient l&#8217;air de marcher en rang par deux -voire trois ou quatre, mais c&#8217;est pas encore un troupeau, le coll\u00e8ge doit vraiment pas \u00eatre loin). Ils font plein de bruit pour se prouver qu&#8217;ils sont jeunes et <span style=\"color: #808080;\"><del>cons<\/del> <\/span>vivants, ils chahutent, ils apostrophent les passants, s\u00fbrs d&#8217;\u00eatre en sup\u00e9riorit\u00e9 num\u00e9rique -et surtout, phonique. Le couple de vieux a vraiment l&#8217;air tr\u00e8s tr\u00e8s vieux. Du genre qui se tient par la main pour pas se perdre, pour garder l&#8217;\u00e9quilibre ou parce que \u00e7a p\u00e8le un peu, ce petit vent froid. Ils ont les cheveux plus blancs que blancs, on dirait qu&#8217;ils ont \u00e9chang\u00e9 leur flacon de Dop contre un baril du nouvel Omo et ils essaient de se tenir bien droit dans leurs vestes \u00e0 carreaux, avec plus ou moins de succ\u00e8s selon d&#8217;o\u00f9 vient le vent.<\/p>\n<div style=\"text-align: justify;\">Bref, \u00e7a crie \u00e0 qui mieux mieux en face, \u00e7a chuchote et \u00e7a chevrote \u00e0 ta gauche. Et l\u00e0, \u00e0 un moment o\u00f9 tu t&#8217;y attends pas du tout (en fait tu te demandes comment passer sans te faire \u00e9crabouiller les pieds par les turbulents qui commencent \u00e0 sauter dans tous les coins et en \u00e9vitant si possible de d\u00e9s\u00e9quilibrer les anciens par un trop fort courant d&#8217;air), v&#8217;l\u00e0 le petit vieux qui sort la main qu&#8217;il avait dans sa poche -l&#8217;autre tient encore sa compagne-, qui l&#8217;agite bien haut en s&#8217;\u00e9poumonant sur l&#8217;air que sont en train de scander les mioches. Instant de gr\u00e2ce, tout le monde a la banane ; les gueulards heureux comme tout de voir qu&#8217;on peut vieillir et rester fou ; les post-ados charg\u00e9s de tenir leurs fauves qui ont gagn\u00e9 dix secondes de sourdine amus\u00e9e ; le ptit vieux peroxyd\u00e9 que tu jurerais qu&#8217;il va faire un entrechat -cane d&#8217;un c\u00f4t\u00e9, Mamie de l&#8217;autre, \u00e7a doit \u00eatre jouable, tu te retourneras pour v\u00e9rifier. Et toi, surtout. Toi qui as sorti les pieds de sous ta couette et la t\u00eate de tes bouquins pour un tour dans le grand monde de grands, qui t&#8217;a r\u00e9serv\u00e9 une belle surprise aujourd&#8217;hui.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">Bon, apr\u00e8s dix minutes \u00e0 P\u00f4le Emploi, c&#8217;est retomb\u00e9, faut quand m\u00eame pas d\u00e9conner, \u00e7a peut pas durer toujours les yeux p\u00e9tillants et le c\u0153ur l\u00e9ger. C&#8217;est pas plus fort que l&#8217;Administration, \u00e7a se saurait sinon. Mais tu regardes quand m\u00eame au retour s&#8217;il reste pas un sourire de vieux et une guirlande de rires de minots accroch\u00e9s \u00e0 un sapin devant le Liddl. Et tu clignes m\u00eame pas des yeux quand le soleil d&#8217;automne te fait comprendre \u00e0 grand renfort de lumi\u00e8re dor\u00e9e en pleine gueule que si, m\u00eame \u00e0 Paris, la vie \u00e7a peut \u00eatre joli aussi.<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tu sors pour quelques dizaines de minutes, une formalit\u00e9 administrative dont tu sais \u00e0 l&#8217;avance que ce sera tr\u00e8s administratif mais un peu plus qu&#8217;une simple formalit\u00e9. \u00c7a fait deux mois que tu attends que P\u00f4le Emploi te rende ton dossier que de toutes fa\u00e7ons c&#8217;est pas eux qui te paient mais \u00e7a passe par [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[48,16,9],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/loiseau-lyre.fr\/mille-et-une-vies\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1218"}],"collection":[{"href":"http:\/\/loiseau-lyre.fr\/mille-et-une-vies\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/loiseau-lyre.fr\/mille-et-une-vies\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/loiseau-lyre.fr\/mille-et-une-vies\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/loiseau-lyre.fr\/mille-et-une-vies\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1218"}],"version-history":[{"count":5,"href":"http:\/\/loiseau-lyre.fr\/mille-et-une-vies\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1218\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1224,"href":"http:\/\/loiseau-lyre.fr\/mille-et-une-vies\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1218\/revisions\/1224"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/loiseau-lyre.fr\/mille-et-une-vies\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1218"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/loiseau-lyre.fr\/mille-et-une-vies\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1218"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/loiseau-lyre.fr\/mille-et-une-vies\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1218"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}