{"id":1552,"date":"2015-08-10T12:02:03","date_gmt":"2015-08-10T10:02:03","guid":{"rendered":"http:\/\/loiseau-lyre.fr\/mille-et-une-vies\/?p=1552"},"modified":"2015-09-13T20:50:09","modified_gmt":"2015-09-13T18:50:09","slug":"la-colline-du-silence-iv","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/loiseau-lyre.fr\/mille-et-une-vies\/la-colline-du-silence-iv\/","title":{"rendered":"La colline du silence &#8211; IV &#8211;"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: right;\"><a href=\"http:\/\/loiseau-lyre.fr\/mille-et-une-vies\/la-colline-du-silence\/\">\u00c9pisode I<\/a> \/ <a href=\"http:\/\/loiseau-lyre.fr\/mille-et-une-vies\/la-colline-du-silence-ii\/\">\u00c9pisode II<\/a> \/ <a href=\"http:\/\/loiseau-lyre.fr\/mille-et-une-vies\/la-colline-du-silence-iii\/\">\u00c9pisode III <\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En me levant ce matin, je trouve un mot sur la machine \u00e0 caf\u00e9. &#8220;Viens sur le toit&#8221;. Pas de signature mais je reconnais son \u00e9criture. Je me frotte les yeux, me masse les tempes et fais des grimaces pour chasser le sommeil qui s&#8217;accroche \u00e0 mes cernes. Comme \u00e7a ne suffit pas, je me mouille les mains et me rafraichis la nuque \u00e0 l&#8217;\u00e9vier. Apr\u00e8s sa phrase sibylline lanc\u00e9e dans mon casque au travail, j&#8217;ai rumin\u00e9 une bonne partie de la nuit pour enfin m&#8217;endormir au petit matin. Quand le r\u00e9veil a sonn\u00e9 une heure et demie plus tard, j&#8217;ai eu un mal de chien \u00e0 tra\u00eener ma carcasse jusqu&#8217;\u00e0 la cuisine. Si j&#8217;\u00e9tais un peu plus frais, je me demanderais comment il a pu entrer chez moi, \u00e9crire un petit mot et le d\u00e9poser sur ma cafeti\u00e8re sans que je l&#8217;entende. Pour l&#8217;heure, j&#8217;attends que le caf\u00e9 coule en zieutant, amorphe, son bout de papier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand l&#8217;odeur du caf\u00e9 r\u00e9veille les quelques neurones qui seront en activit\u00e9 aujourd&#8217;hui, je me sers un bol, ajoute un sucre et demie et une pointe de lait, attrape deux tranches de pain d&#8217;\u00e9pices et me dirige vers les escaliers. Par r\u00e9flexe, je chope les cl\u00e9s sur la porte avant de la claquer. Je monte sans h\u00e2te jusqu&#8217;au toit de mon immeuble et sors au grand air. J&#8217;ai arr\u00eat\u00e9 de fumer il y a trois mois, mais ce matin, une petite roul\u00e9e m&#8217;aurait fait du bien. Tant pis. Je m&#8217;accoude au parapet et regarde la ville, sept \u00e9tages plus bas, en inspirant profond\u00e9ment. Je mange une tranche de pain d&#8217;\u00e9pices et bois la moiti\u00e9 de mon bol de caf\u00e9 avant de faire le tour du toit. Il n&#8217;est pas l\u00e0. Pas encore arriv\u00e9, ou d\u00e9j\u00e0 parti, je ne sais pas. Ou peut-\u00eatre qu&#8217;il m&#8217;observe aux jumelles de l&#8217;immeuble d&#8217;en face, qu&#8217;il contr\u00f4le la cam\u00e9ra de surveillance fix\u00e9e au-dessus de la porte. Depuis trois ans, je m&#8217;attends \u00e0 tout de sa part.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je ne suis pas si press\u00e9 ce matin, j&#8217;avais mis mon r\u00e9veil pour m&#8217;occuper de la lessive, du m\u00e9nage et des courses avant d&#8217;aller travailler. Je peux rester ici un peu, je suis de toute fa\u00e7on trop fatigu\u00e9 pour m&#8217;\u00e9nerver. Encore une fois, j&#8217;agis comme une marionnette sous ses mains. Mais c&#8217;est \u00e7a ou le perdre \u00e0 jamais, et je ne peux m&#8217;y r\u00e9soudre, pas encore. Je termine mon petit d\u00e9jeuner et scrute tout ce que je peux voir de mon toit. Il a d\u00fb laisser un signe quelque part. Forc\u00e9ment. Mais je ne vois rien d&#8217;inhabituel. Pris d&#8217;une inspiration, je me hisse sur le muret et m&#8217;assieds jambes dans le vide, comme nous le faisions quand nous \u00e9tions m\u00f4mes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8220;Les poules ont des dents&#8221;. Mon c\u0153ur rate un battement puis en bombarde quatre pour compenser ; je n&#8217;ai jamais \u00e9t\u00e9 si r\u00e9veill\u00e9. Je me retourne et le vois adoss\u00e9 \u00e0 la porte qui donne sur les escaliers. Il est arriv\u00e9 en toute discr\u00e9tion le temps que je m&#8217;installe. Il poursuit : &#8220;Les poules descendent des dinosaures et ont conserv\u00e9 quelques g\u00e8nes de leurs anc\u00eatres, comme des archives cach\u00e9es dans leur propre g\u00e9nome. Quand des mutations forcent ces g\u00e8nes \u00e0 s&#8217;exprimer, certains poulets naissent avec des dents. Les scientifiques ont un peu forc\u00e9 le hasard et \u00e9l\u00e8vent maintenant des poules dent\u00e9es.&#8221;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je l&#8217;\u00e9coute d&#8217;une oreille en \u00e9vitant de bouger. Comme pour ne pas effrayer un papillon qui se serait pos\u00e9 sur mon bras, je perds tout naturel. Je ne veux plus qu&#8217;il se sauve. De me retrouver face \u00e0 lui apr\u00e8s plus d&#8217;un an de cache-cache, je ressens au fond des tripes tout le manque accumul\u00e9, toutes les angoisses emmagasin\u00e9es lors de ses si longs silences. Enfin mon petit fr\u00e8re est revenu, et il peut bien me parler de poules, de dents, de dinosaures ou m\u00eame de castors g\u00e9ants s&#8217;il le veut, je suis pr\u00eat \u00e0 le relancer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00a0\u00c0 suivre&#8230;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><a href=\"http:\/\/loiseau-lyre.fr\/mille-et-une-vies\/la-colline-du-silence-v\/\">\u00c9pisode V <\/a>\/ <a href=\"http:\/\/loiseau-lyre.fr\/mille-et-une-vies\/la-colline-du-silence-vi\/\">\u00c9pisode VI<\/a> \/ <a href=\"http:\/\/loiseau-lyre.fr\/mille-et-une-vies\/la-colline-du-silence-vii\/\">\u00c9pisode VII<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9pisode I \/ \u00c9pisode II \/ \u00c9pisode III En me levant ce matin, je trouve un mot sur la machine \u00e0 caf\u00e9. &#8220;Viens sur le toit&#8221;. Pas de signature mais je reconnais son \u00e9criture. 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