{"id":2304,"date":"2021-10-15T22:34:19","date_gmt":"2021-10-15T20:34:19","guid":{"rendered":"http:\/\/loiseau-lyre.fr\/mille-et-une-vies\/?p=2304"},"modified":"2021-10-21T22:46:25","modified_gmt":"2021-10-21T20:46:25","slug":"le-voyage-de-laraignee","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/loiseau-lyre.fr\/mille-et-une-vies\/le-voyage-de-laraignee\/","title":{"rendered":"Le voyage de l&#8217;araign\u00e9e"},"content":{"rendered":"\n<p>\u00c7a vibre de partout ! Rien de naturel dans ces vibrations, je sens le vent dans mes poils tactiles le long de mes pattes. Ma toile ne va pas r\u00e9sister tr\u00e8s longtemps \u00e0 ce traitement ! Vite, je me replie dans un recoin et j&#8217;observe le cataclysme de mes huit yeux grand ouverts.<\/p>\n\n\n\n<p>Le monde bouge tout autour de moi. Le point fixe sur lequel j&#8217;avais fix\u00e9 ma toile n&#8217;est finalement pas si fixe, il oscille \u00e0 intervalles r\u00e9guliers. La soie de ma toile tient le coup pour l&#8217;instant, mais pour combien de temps encore ? De tout petits moucherons sont rabattus  m\u00e9caniquement dans ma toile, par le simple d\u00e9placement du monde autour de nous. Je n&#8217;ose pas aller les empaqueter, j&#8217;esp\u00e8re qu&#8217;ils vont rester coll\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Au bout d&#8217;un moment, je me rends compte que le cataclysme attendu n&#8217;advient pas. Le monde reste en mouvement, la lumi\u00e8re est tr\u00e8s &#8211; trop &#8211; vive, ma toile se tord dans tous les sens, mais il ne m&#8217;arrive rien de fatal finalement. Je n&#8217;ai pas besoin de sortir de ma cachette, dans un repli plut\u00f4t doux et chaud. R\u00e9guli\u00e8rement, d&#8217;immenses doigts s&#8217;approchent des points d&#8217;ancrage de ma toile, mais ils ne la d\u00e9truisent pas. Ils se serrent en poing sur le support que je croyais immobile et qui se balance de temps en temps. Comme si c&#8217;\u00e9taient ces doigts-l\u00e0 qui faisaient bouger mon support horizontal. <\/p>\n\n\n\n<p>Le temps que j&#8217;arrive \u00e0 me calmer un peu en attendant le moment propice pour sortir, je m&#8217;aper\u00e7ois que ma maison mobile ne l&#8217;est plus. Nous sommes arr\u00eat\u00e9s en plein soleil, ma toile tendue \u00e0 son maximum, pr\u00eate \u00e0 se d\u00e9chirer. Aucune trace de doigt en vue. Rapidement, je sors \u00e0 d\u00e9couvert pour inspecter ma toile du bout des pattes. J&#8217;injecte un peu de venin aux moucherons pi\u00e9g\u00e9s pour \u00e9viter qu&#8217;ils ne s&#8217;envolent et je r\u00e9pare les accrocs dans ma toile. Je consolide les attaches et donne du mou pour anticiper les torsions de mon support de toile. \u00c0 peine le temps de finir, et pouf, les doigts reviennent.<\/p>\n\n\n\n<p>Je file me cacher \u00e0 nouveau, et c&#8217;est reparti pour le vent dans la toile et dans les poils ! Je reste tapie dans ma nouvelle cachette, je commence \u00e0 m&#8217;habituer aux vibrations et tressautements. Sans y prendre garde, je m&#8217;assoupis. Quand je me r\u00e9veille, plus rien ne bouge, l&#8217;air est satur\u00e9 d&#8217;humidit\u00e9 et la lumi\u00e8re est moins vive. Les doigts ont disparu, je ne sens plus leur odeur, si ce n&#8217;est sous forme de traces sur mon support. Au centre de ma toile, deux insectes que je n&#8217;avais jamais go\u00fbt\u00e9s jusque l\u00e0. D\u00e9licieux. Je passe la nuit \u00e0 festoyer, je consolide encore ma toile, mais elle r\u00e9siste plut\u00f4t bien. C&#8217;est vrai que je travaille avec acharnement, heureusement que cela paie. Au petit matin, la ros\u00e9e coule le long des fils de soie, et je retourne me cacher quand le jour se l\u00e8ve. <\/p>\n\n\n\n<p>La journ\u00e9e se passe comme celle de la veille. Des cahots, des tremblements, mais au final, rien de dramatique pour moi. Je commence \u00e0 comprendre qu&#8217;il n&#8217;y a mouvement que quand les doigts sont l\u00e0. J&#8217;attends donc les arr\u00eats prolong\u00e9s pour me montrer. M\u00eame si les doigts ne semblent pas hostiles, je ne vais pas m&#8217;amuser \u00e0 les tenter, non plus. <\/p>\n\n\n\n<p>Et \u00e7a se poursuit comme \u00e7a pendant une dizaine d&#8217;alternances jour \/ nuit. Chaque jour, je reste invisible. Chaque nuit, je go\u00fbte \u00e0 des nouveaut\u00e9s d\u00e9licieuses. Des saveurs in\u00e9dites, mais une p\u00eache tr\u00e8s abondante (c&#8217;est l&#8217;avantage d&#8217;avoir une toile \u00e0 grande vitesse, je suppose). J&#8217;ai m\u00eame eu un insecte plus gros que moi. Celui-l\u00e0, je n&#8217;ai pas attendu la nuit pour l&#8217;empaqueter ! J&#8217;y suis all\u00e9e fissa en plein jour, lors d&#8217;une petite disparition des doigts. La nuit, je m&#8217;enhardis m\u00eame \u00e0 descendre du support pour explorer l&#8217;environnement. Il est diff\u00e9rent chaque nuit. Je n&#8217;en crois pas mes poils sensoriels ! La ros\u00e9e est diff\u00e9rente, l&#8217;herbe n&#8217;est pas la m\u00eame, l&#8217;air lui-m\u00eame a un go\u00fbt succulent,que je n&#8217;arrive pas \u00e0 d\u00e9terminer. Je suis curieuse, mais j&#8217;appr\u00e9cie quand m\u00eame le confort de mon antre,  alors je ne m&#8217;\u00e9ternise pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Un jour, je suis tr\u00e8s surprise. Je sens le mouvement au plus profond de moi. J&#8217;ai cette sensation de vitesse monumentale. Un grondement sourd, aussi. D&#8217;autres sons criards, qui ne me plaisent pas du tout. Mais aucun souffle de vent. Rien. Je tente de mini-sorties, et l&#8217;air me parait \u00e9trange. Je n&#8217;aime pas vraiment ces sensations, alors je retourne me cacher, et je reste aux aguets.  Finalement, je retrouve les vibrations et le souffle et le grand soleil. Et, avant que j&#8217;ai le temps de m&#8217;y habituer, je retrouve les odeurs famili\u00e8res de mon chez-moi originel, celui que j&#8217;ai quitt\u00e9 quelques nuits plus t\u00f4t. Je consolide ma toile, qui sait o\u00f9 nous irons bient\u00f4t ?<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c7a vibre de partout ! Rien de naturel dans ces vibrations, je sens le vent dans mes poils tactiles le long de mes pattes. Ma toile ne va pas r\u00e9sister tr\u00e8s longtemps \u00e0 ce traitement ! Vite, je me replie dans un recoin et j&#8217;observe le cataclysme de mes huit yeux grand ouverts. 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