Histoires exquises

Caracole, chatte de dix ans d’âge, en avait plus qu’assez de sa vie sédentaire dans la campagne cantepienne. Profitant de son vénérable âge “entre-deux”, déjà sage mais encore agile, elle planifia un tour du monde pour visiter d’autres contrées. Elle commença son road-trip par un énorme câlin plein de ronronnements aux humains qui avaient si bien pris soin d’elle depuis qu’elle était tout chaton. Elle espérait qu’ils comprendraient, eux qui passaient leur temps loin de la maison.

Puis elle partit, sans baluchon, à travers la campagne. Se faufilant dans les herbes hautes, elle tourna vite en rond en appliquant sa méthode pleine de sagesse qui consistait à éviter les grands rubans d’asphalte, chauds aux pattes et envahis de monstres mécaniques. Caracole revint au foyer prendre conseil sur les genoux de sa maîtresse, occupée à organiser son prochain voyage. Elle découvrit les avions, entraperçut la mer, les bateaux, les montagnes. Elle élimina d’office le vélo, pas du tout pratique pour ses quatre courtes pattes. Elle conçut une combine pour monter incognito dans un avion, mais il lui fallait tout d’abord rejoindre l’aéroport. Elle commanda des pizzas par internet un soir où ses humains, tous deux fatigués du boulot, tardaient à se faire à manger. Le temps qu’ils aillent réceptionner les pizzas, elle sauta dans le caisson du scooter pour se faire ramener en ville. Malgré ses six bons kilos, le livreur n’y vit que du feu.

Une fois en ville, elle eut un moment de panique. Que de bruit ! Que d’odeurs ! Elle rasa les murs, privilégia les arrières-cours et tomba sur un immense entrepôt rempli de cartons ! Le paradis… Prenant son temps, Caracole erra entre les rayonnages. Elle sentit tous les cartons, prit longuement la mesure de chacun d’eux. Quand elle en trouva un particulièrement à son goût, elle se blottit dedans et referma le couvercle. Il lui convenait parfaitement ! Caracole s’endormit profondément, bien à l’abri dans sa boîte, après cette journée plutôt chargée. Son tour du monde allait bientôt pouvoir commencer…

Un tour en dragon

DragonFly : une expérience inoubliable 

●●○○○ Note moyenne 1.9/5 — 734 avis —

●●○○○ par Lilisouris

En recevant mon coupon cadeau il y a un mois, j’avais sauté au plafond. “Un bon pour : Un tour en dragon”; j’étais tellement excitée ! Après la nage avec les dauphins et une semaine de randonnée dans la canopée d’une forêt primaire sans toucher le sol, j’avais tellement hâte de découvrir de nouvelles sensations ! Bon, j’ai été plutôt servie, mais je ne vous le recommande franchement pas. J’ai mis les deux points pour l’accueil et l’organisation, vraiment nickel. On est bien reçus, les guides sont super sympas, ils nous mettent bien en confiance, vraiment super ! C’est après que ça se corse. Je suis tombée sur un dragon Baladi, plutôt petit, le cuir épais mais réputé facile avec les débutants, m’a-t-on dit. Si lui est facile, je ne veux même pas imaginer monter sur un dragon Sang-Chaud ! Il a décollé avant que je ne sois correctement attachée, n’écoutant absolument pas le guide. Heureusement, je me tenais vraiment bien, ce qui a permis au guide d’assurer ma sécurité. Mais le dragon n’écoutait rien : il volait comme s’il était seul, il cherchait à prendre la tête de notre convoi, ne supportait pas d’être dans le cortège. Dès qu’un dragon passait au-dessus de nous, il partait en loopings pour reprendre l’avantage. Il a essayé de chasser quand nous sommes passés près d’une harde de biches. Et même quand il était calme, les battements d’ailes, c’est inconfortable au possible : des montées et descentes totalement anarchiques, imprévisibles. J’ai vomi trois fois (heureusement, on est bien pourvus en sacs), plus une dernière fois à l’atterrissage. Et comment peut-on imaginer profiter de la vue ! Les loopings, piqués et autres chandelles sont magnifiques vus du sol, mais en vol, on n’en profite pas vraiment. Sans compter que voler en convoi, ça bouche pas mal la vue aussi. Bref, si vous aimez les sensations fortes en aveugles, vous pouvez tenter le coup (mais à ce compte-là, autant passer dans une machine à laver géante, ça coûte moins cher). Pour le reste, passez votre chemin.

●●●●○ par Jombo

Une super expérience ! Merci DragonFly :) Bon, pour mettre toutes les chances de mon côté, j’avais réservé une ballade en solo, au lever du soleil. Je suis parti avec un guide, sur son propre dragon, pas sur le mien, avec deux dragons qui ont l’habitude de voler ensemble. Le décollage a été un peu brusque, mon Huzul était pataud sur le sol. Mais une fois en vol, il plane la plupart du temps. On a fait deux heures de vol, on a eu le temps de survoler une bonne partie du pays, avec de la plaine, du littoral, des forêts. J’ai adoré les piqués près des falaises de Maux-R, c’était fantastique ! Un conseil tout de même, pensez à vous couvrir de vêtements imperméables et surtout, chauds : les traversées de nuages sont vraiment glaçantes. Seul bémol : j’ai cru que j’allais me pisser dessus quand le dragon de mon guide a cramé un pélican qui volait près de moi O_o Je connais d’autres entreprises où ils opèrent leurs dragons, c’est quand même plus sûr !

●○○○○ par S.A

Expérience détestable. Accueil épouvantable / une seule stagiaire mal lunée pour encadrer un groupe de 10 enfants / des dragons apathiques, presque shootés, ça fait de la peine à voir cette maltraitance / 2 enfants par dragon, sans guide / Ils n’avaient que des  Lomboks, pourquoi pas des Minor tant qu’on y est ! / Pr ls enfants, le vol dure à peine 30 min, dès qu’ils décollent, il faut atterrir !!! Bcp de vomis bien sûr, mais rien de prévu pr le retour à la base / Pas possible d’accompagner le groupe sauf si on paie le prix d’une ballade adulte, c’est du vol !!! Même pas une photo souvenir parce que certains gamins pleuraient et que c’est soi-disant moche ! Je déconseille dragonfly, pr 1 belle expérience, venez chez Dragooons :)

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Couvée 2017

Le printemps s’éclipse sous le soleil caniculaire. Après avoir construit le nid, couvé les œufs, patiemment, j’ai attendu que les coquilles se fendillent pour voir émerger de petites têtes fripées et complètement nues. Les jours, pluvieux, venteux ou ensoleillés, se sont succédés jusqu’à ce que les corps frêles se musclent et se parent d’un élégant plumage d’ébène, à peine ébouriffés encore. Les petits ont piaillé, mangé, dormi. Quelques larmes silencieuses et stupéfaites ont coulé quand Cliquet est tombé du nid un jour de grand vent et s’est écrasé au pied de l’arbre, d’où il a vite été emporté par une belette.

Au fur et à mesure que les jours ont rallongé, le nid s’est retrouvé bien plein, encombré de ces quatre grands oiseaux, trépignant à l’idée d’enfin prendre leur envol. Il a fallu en ramener, des vers et des limaces, pour calmer leur féroce appétit. Et puis, chaque soir, leur apprendre toute la théorie du vol. Comment s’élancer, sans peur et sans filet, dès la première fois. Comment ouvrir les ailes et s’appuyer ainsi sur l’air. Nous leur avons tout appris des loopings, piqués ou vols planés. Ils ont étudié avec grand sérieux les accélérations, les tempêtes, le calme plat, le freinage d’urgence, les courants aériens. Ils savent exactement où chercher de l’eau et de la nourriture et comment construire leur propre nid. Ils ont appris à repérer les rapaces et les chats, à esquiver les attaques, voire même à riposter si besoin. Ils connaissent tout cela sur le bout des plumes et pourtant, ils ne savent rien de rien. Ils n’ont rien vécu, bien à l’abri dans notre nid de brindilles.

Déjà, les deux plus grands sont partis. D’ici quelques semaines, le nid sera vide, et si les oisillons ne reviennent pas, nous ne saurons jamais si c’est parce qu’ils sont déjà morts ou trop heureux dans un ailleurs lointain pour donner des nouvelles. Une vie terrible et formidable les attend, dont nous ne saurons finalement rien. Trêve de rêveries. Il est temps de bâtir un nouveau nid pour la couvée 2018, qui sera certainement aussi turbulente et attachante que celle-ci, et qui, elle aussi, nous arrachera un bout de cœur en s’envolant à tire-d’aile.

Tout petit moineau

Dans le vent et sous la pluie, le tout petit moineau ébouriffe ses plumes, improvisant une crête le long de son épine dorsale, pour se sentir plus gros et s’imperméabiliser. Il respire un grand coup et prend son envol. Il tourne et tourne sans contrôler sa trajectoire. Apeuré, le tout petit moineau se raccroche à la première branche qui passe à sa portée. Il se tient fermement. Reprend contenance. Attend une accalmie, qui ne vient pas. Une patte après l’autre, le tout petit moineau escalade l’arbre sur lequel il a trouvé refuge. Son cœur cogne fort sous ses côtes. Dans le vent qui siffle et mugit, le tout petit moineau pépie de plus en plus fort, pour accompagner son adversaire du jour. Jusqu’à hurler sa terreur, son envie de vivre, sa rage de voler malgré la tempête qui gronde. Jusqu’à déclencher une décharge d’adrénaline et s’élancer dans le vide de la cime du sapin. Pendant sa danse terrible avec l’orage, le tout petit moineau poursuit ses hurlements, ravi de sentir le sang qui tourbillonne dans ses veines et son cœur qui tambourine. Les heures passent. Le tout petit moineau et le vent, à bout de souffle, s’apaisent enfin. Le tout petit moineau ne sait pas où il est, tellement loin de son point de départ, il ne reconnait rien. Il est épuisé et se laisse tomber dans un buisson, vidé. Avant de sombrer dans le sommeil ou le coma, une lueur éclaire son œil. Il est vivant.

Le dieu des chats et les iguanes

Le dieu des chats a oublié son nom. Personne ne s’en servait de toute manière. Il y a bien longtemps que les chats ne croient plus en Dieu, s’ils y ont cru un jour. Quelque part au fond de lui, ce dieu sait pourtant qu’à une époque il a été important. Il ne se rappelle plus vraiment pourquoi. Mais il a joué un rôle dans l’expansion et la suprématie félines, il en est sûr.

Pour l’heure le dieu des chats s’ennuie. Même s’il dort vingt heures par jour, ses quatre heures d’activité quotidiennes ne sont pas très stimulantes. Il passe pas mal de temps sur la Toile, à suivre les frasques de ses ouailles. Depuis le temps que ça dure, ça l’amuse moins qu’avant. Il s’occupe tant bien que mal en faisant quelques menus travaux de bricolage : un trou dans une clôture par-ci, un coin de tapisserie subtilement décollé par-là. Il recense les populations de rongeurs, mais ça non plus, ça ne prend pas trop de temps, tant Dame Souris est prompte à fêter les naissances et à tempêter contre les catastrophes. Disons que s’il tend l’oreille, le recensement est direct.

En tendant l’oreille, justement, il entend quelque chose qui ressemble à une prière. Il n’a plus l’habitude, alors il n’est pas vraiment sûr de lui. Mais il Lui semble qu’on essaie de s’adresser à Lui d’en bas. Voyant qu’Il vient de gagner une majuscule, le doute n’est plus permis. Il focalise son attention sur les paroles, inintelligibles en l’état. Le rythme et le ton sont ceux d’une prière, mais le dialecte Lui semble inconnu. Le Dieu des chats se concentre et essaie de distinguer qui essaie de communier avec Lui. Tout un groupe d’êtres verdâtres sont rassemblés. Ils lisent avec ferveur un bout d’écorce minutieusement griffé apparemment sorti de terre puis conservé avec soin. Une Sainte Relique ! Ils ont retrouvé une Sainte Relique !

Le Dieu des chats ne comprend pas. Les êtres en bas ne sont pas des chats. Ils sont trop lents, trop verts, trop écailleux. Où sont leurs fourrures ? Pourquoi voit-on leur griffes ? Que demandent-ils ? D’ailleurs, demander, c’est un mot qu’Il n’emploie pas souvent. Les chats ne demandent pas. Les chats autorisent ponctuellement qu’on leur accorde une faveur. En s’ouvrant un peu plus aux paroles qu’Il entend, le Dieu des chats se rappelle qu’Il a un Nom, mais celui-ci est mal prononcé par les êtres verts. Il l’a sur le bout de la langue.

“Hanienté”. Les êtres en bas, avec leur langue en pointe qui s’échappe de leur bouche démesurément grande, l’appellent “Hanienté”. Il se met à bouillir. Il sent bien que Son Nom est tout proche, presque accessible, mais que ces imbéciles de lézards mal dégrossis l’écorchent. Il ferme à demi Ses yeux divins, se laisse bercer par la mélopée de la prière qu’Il n’avait pas entendue depuis des millénaires, pour retrouver Ses souvenirs. Dans un feulement victorieux, Il se souvient. Farniente.

Farniente, le Dieu des chats, est ravi. Il a de nouveaux adeptes qui apprécient le soleil et sa chaleur, et sont prêts à l’adorer pourvu qu’Il leur procure l’un ou l’autre. Il se rappelle qu’Il aime être adoré. Et, à y regarder de plus prêt, les Iguanes ne sont pas si balourds. Il leur arrive d’être vifs et puissants dans la lumière de plein après-midi. Il faudra juste leur apprendre à ronronner proprement et à limiter l’emploi des susurrements dans leurs liturgies. Avec ces quelques ajustements, Il pourra redevenir un Dieu puissant, vénéré par des fidèles dévoués. Il suffira de leur renvoyer de nouvelles Reliques ou de  modifier légèrement leur morphologie reptilienne pour qu’ils s’adaptent à Sa vision. Il y pensera demain. Pour l’instant, c’est l’heure de la sieste.