La texture des mots

Lentement, passionnément, inlassablement je pose un mot après l’autre. Un mot pour décrire, un mot pour analyser, un mot pour exprimer ce qu’hurlent mes sens sans y mettre la forme, matière brute dont je dois me dépêtrer. Une chaîne de mots solidaires, unis pour mettre une distance entre le corps bouillonnant, sac de neurotransmetteurs faisant loi et moi.

Un mot pour me glisser jusqu’à vous, un mot pour vous chatouiller du bout de ma plume, un mot pour nous lier sans pour autant nous connaître, une chaîne de mots vagabonds, courant par monts et par vaux pour répandre mes élucubrations dans vos esprits qui ne demandaient rien.

Pluie d’été

Une pluie d’été, une pluie d’ennui frappe goutte à goutte sur la vitre fermée. La journée se fait morose, chacun chez soi et porte close. Pas de soleil, pas de lumière, pas de rires qui résonnent dans la cour ou ailleurs. Quand l’écran ne capture plus, quand les pages se suivent vainement, mécaniquement, sans imprimer la rétine ou le cœur, quand la musique bourdonne, que le lave-linge ronronne, quand les chats somnolent, qu’il n’y a plus rien à faire que de tourner quelques pensées pour en tirer un minimum de mots, je m’imagine pluie coulant dans les rues désertes. Provoquant en duel l’estival hésitant. Osera ou n’osera pas sortir flâner pour noyer son ennui dans les ruelles en flaques d’eau?

Retour du monde

Je me suis arrêtée quelques instants sur le bas côté, prenant une pause que je pensais bien méritée. J’en ai profité, je me suis émerveillée, j’ai regardé le temps passer, laissant en marge les soucis, les ennuis, le quotidien. Opération réussie, la tête vidée, il est temps de rentrer. De retrouver le monde qui lui ne s’est pas arrêté un seul instant.

Terrible impression de revenir à marée basse et de retrouver tout le goémon étalé sur la plage juste avant l’arrivée des touristes. Quelques trésors s’y cachent, perles étincelantes au milieu des algues habituelles et de sordides résidus de marée noire qu’on n’attendait pas. Manches retroussées, il est temps de revenir dans le jeu du monde, apporter la maigre contribution de mes moyens pour remettre en ordre ce qui peut l’être, panser tant bien que mal ce qui ne peut être réparé. Rattraper le retard et avancer, en phase avec le bout de monde que j’ai pour un instant quitté.

Ennui d’envies

Tourne en rond. Pas envie de faire ce que je dois. Tourne en rond. Envie d’être ailleurs. Tourne en rond. De faire quelque chose d’intéressant. Tourne en rond. Avec des gens. Tourne en rond. Personne n’est là. Tourne en rond. Suis-je vraiment seul? Tourne en rond. Regarde ma montre. Tourne en rond. Deux minutes. Encore si long devant moi. Tourne en rond. Avance le temps. Tourne en rond. Cherche une occupation. Tourne en rond. Écris mon ennui. Tourne en rond. Le sol usé me rappelle que j’ai autre chose à faire. Tourne en rond. Me résigner ou bien me révolter? Tourne en rond. Verra bien qui tournera le dernier.

Dans la recherche, le bonheur

Je t’aime, tu me passionnes, mais un jour, je le sais, je finirai par te quitter. À force de trop d’exigences, de sacrifices, de trop d’attentes jamais comblées, un jour je partirai. Je commencerai une nouvelle vie. Déterminerai un avant toi, puis notre histoire, et enfin un après toi. De plus en plus ingrate avec le temps, mes qualités ne te suffiront pas. Peut être que je manque de ténacité? À une époque que je n’ai pas connue, tu étais relativement facile d’accès. Il suffisait d’avoir du talent pour rester avec toi, s’assurer un avenir à tes côtés. Aujourd’hui, tu es tellement gourmande que j’ai peur qu’un jour tu m’engloutisses. Alors je sais que je te donnerai tout ce que je peux. Et que je te quitterai le jour où je serai à sec. Je trouverai un avenir plus radieux avec un partenaire moins exigent. Peut être que je te regretterai. Et peut être comprendrai-je qu’il n’y avait pas que toi dans ma vie. Quand tu auras tout fait pour que je parte, peut être que je te remercierai, me rendant enfin compte que ma vie sans toi vaut aussi le détour et que ton substitut est un bonheur à part entière.