Derniers détails

Elle a bien pris son maillot de bain. Elle oublierait son pyjama ou  sa brosse à dents, mais son maillot de bain est dans la valise. Au cas où. Comme le doudou du petit. Tandis qu’on la presse de se dépêcher, elle vérifie mentalement que tout est bon. Elle a fait au plus vite, et comme elle ne connait pas exactement sa destination, elle a pris un peu de tout. Pulls et chemisiers, langes, jupes et pantalons. Un exemplaire de chaque sauf les sous-vêtements, cinq pour chacun, avec du savon pour faire elle-même ses lessives si besoin. D’un rapide coup d’œil elle embrasse l’appartement, à la recherche d’une bricole oubliée. D’un geste, son escorte lui indique la chaise du salon, sur laquelle sa veste est posée. Il ne faudrait tout de même pas qu’elle oublie son étoile…

L’heur des comptes

Combien sommes nous à avoir vécu solitaires, mis à l’écart du troupeau d’enfants pour des lunettes, une couleur, un zézaiement ? Combien de souvenirs douloureux de cette période soit-disant bénie ? Combien d’appétits farouches une fois arrivés à l’âge adulte ? Combien qui compensent, deviennent boulimiques de gens sans pour autant savoir gérer les relations humaines ? Et finalement, combien sommes-nous à pleinement mesurer la chance que nous avons de vivre cette vie tant rêvée, appelée mais refusée toutes ces années où, petit à petit, nous avons bâti nos identités sur un vide béant ?

De fleurs en fleurs

Un bouquet sur le bord de la route,

Un bouquet au passage à niveau,

Un bouquet au pied de l’immeuble,

Un bouquet au bord de la falaise.

Nous ne nous connaissions pas mais vos proches ont veillé à ce que, l’espace d’une seconde ou d’un quart d’heure dans nos vies trépidantes, nos pensées s’accrochent un peu à ce que fut votre vie, et votre mort.

Quand il n’y aura plus de “demain”

Je commence Demain

Au dernier jour, quand j’aurai tout repoussé, tout retardé, tout remis à un hypothétique demain en espérant qu’il ne vienne jamais, je mourrai épuisé par la tâche cette fois-ci in-ajournable qui m’attendra alors. Faites donc que j’en meure vite et qu’en petit filou, une fois de plus, j’esquive l’obligatoire, l’urgent, l’incontournable. Faites que j’aie raison et qu’il se trouve bien quelqu’un quelque part pour terminer un jour ou l’autre ce que j’aurais dû achever il y a longtemps déjà. J’espère que je n’aurai pas à trimer jusqu’au bout du bout pour tout plier, un superviseur me surveillant jusqu’à la fin et attendant de tranquillement récupérer mon dernier souffle. Quoique… Si c’était le cas, au pire, j’en aurais bien profité avant, non ?

Faire-part

Chers amis,

Vous avez été là pour partager notre bonheur quand nous nous sommes rencontrés. Nous avons fêté ensemble l’obtention de nos diplômes et nos premiers pas dans la vie active. Vous avez célébré avec nous notre union. Vous nous avez apporté votre aide pour notre installation. Vous avez baptisé nos enfants. Vous vous êtes réjouis de nos promotions. Vous êtes partis en vacances avec nous. Nous avons regardé les ans passer, les fêtant tous à notre façon.

C’est donc avec une grande émotion que nous vous convions cette année à la réception que nous organisons pour notre séparation. Vous pourrez revivre avec nous les débats de nos avocats. Nous boirons toute la nuit en souvenir du bon vieux temps. Vous nous ressortirez tous les moments de notre amour, d’un nouveau point de vue. Vous nous direz, au choix, que notre histoire était perdue d’avance ou au contraire que  la vie est injuste, nous étions faits l’un pour l’autre ; vous échangerez enfin l’argent de vos paris. Vous vous ferez arbitres et partagerez pour nous notre patrimoine et nos enfants. Vous fêterez comme il se doit notre liberté retrouvée. Vous pouvez venir accompagnés, de gens sympathiques et célibataires de préférence.

Nous comptons bien entendu sur vous pour ébruiter la nouvelle auprès de ceux que nous n’aurions pas l’occasion de prévenir. Et nous vous attendons de pied ferme dans la joie et la bonne humeur, le samedi 18 août à 14h pour un week end d’excès et de débordements, comme on sait si bien le faire lorsqu’il s’agit de fêter ce qui est important.