La neige est sereine

De tourbillons en gros flocons, je m’accroche, aveugle, me dépose et enveloppe villes et champs de la même manière. Au matin les ornières ont disparu, les lignes blanches n’ont plus de sens, les terriers sont camouflés, les couleurs se confondent entre le blanc éclatant et le lourd gris du ciel.

J’ai beau échauffer les esprits, j’ai beau rajeunir les adultes, j’ai beau exciter les enfant et les bêtes, le soir vient toujours et avec lui cette sensation de plénitude que j’apporte chaque fois. Comme si, flocon après flocon, j’avais enfin rempli l’immense vide qui parfois grandit au fond de vous et creuse son sillon d’intranquillité.

La Muse SNCF

Les jours s’ajoutent aux semaines, la page est toujours blanche, la jachère a plus que trop duré. À force de ne rien faire pousser, le terreau s’est tari, les mots refusent de sortir. Ni les mots qui font rêver, ni les grands mots savants. À croire qu’ils hibernent tous. À croire qu’ils sont mieux au chaud au fin fond du néant.

Peut être sont-ils tout simplement en train de mûrir lentement. Peut être répondront-ils présents au moment où j’aurai besoin d’eux. Après tout, ils ne m’ont encore jamais fait faux bond. Certes, mais si à force de ne pas servir, à force de paresser, ils avaient perdu leur chemin, s’ils avaient oublié leur nom ou ne voulaient plus répondre ? La morte saison s’éternise, le printemps tarde à venir.

Et s’ils avaient senti que j’aurais dû me forcer depuis longtemps déjà ? Ne serait-ce que pour leur montrer que moi aussi je suis là pour eux, pour les lancer en piste, pour leur permettre de s’envoler au lieu de rester tassés dans un coin plus sombre encore que l’arrière de mon crâne. S’ils avaient pris peur, tous ces mots, empêtrés qu’il sont dans un brouillard de panique léthargique ?

Heureusement, la pause TGV toujours les rassure, les éveille. Les voilà qui pointent le bout de leur nez, me tenant à leur disposition. Quatre heures et demie sans autre échappatoire que le sommeil ou le travail, les pensées tourbillonnent et s’organisent. Les mots crèvent la surface et se jettent sur le papier. Les timides restent encore cachés dans la pénombre, ils attendront le retour pour s’exprimer. Mais les plus téméraires s’imposent et les doigts retrouvent la joie de taper sans réfléchir, obéissant aveuglément aux mots en rafale qui se bousculent pour écrire seuls les textes que la tête encotonnée peine tant à inventer ces derniers temps.

Emergency exit

L’avion n’est pas tombé. Aucune catastrophe à déplorer, ce n’est pas encore cette fois que je me servirai des masques à oxygène ou du gilet de sauvetage. En même temps, le gilet de sauvetage -dont la loupiote s’allume automatiquement au contact de l’eau- a une utilité toute relative lorsqu’on survole les Alpes.

L’avion n’est pas tombé, il s’est posé tout en douceur -enfin, ça aussi c’est relatif, on sent quand même bien la bitume sous les roues de l’engin quand elles touchent le sol- et on a même applaudi le pilote -qu’était vachement sympa et nous a prévenu que le Mont-Blanc était sur notre droite au moment où c’était le cas. Enfin, pas moi, évidemment. Je ne prends pas l’avion pour applaudir le mec dont le métier est de nous mener à bon port -si possible- en un morceau. Ou alors, je passerai mon temps à applaudir. Par exemple quand le bus ne me renverse pas alors que je traverse juste devant lui pour l’obliger à s’arrêter. Ou quand le cuistot tue bien toutes les salmonelles en cuisant sa viande correctement et en respectant la chaîne du froid.

Tout ça pour dire que l’avion ne s’est pas écrasé. Il n’a même pas traversé une petite zone de turbulences. Tout s’est déroulé sans accroc. Mieux que ça, d’ailleurs. Ce vol était tout simplement idéal. Paysages superbes, vol au dessus des nuages avec option soleil rasant pour une lumière exceptionnelle. L’hôtesse s’est même excusée de nos dix minutes d’avance à l’arrivée. Et tout le monde a rigolé. Un vol parfait, je vous dis.

Vous l’aurez compris, l’avion n’est pas tombé. Je ne suis pas morte, dans le coma ou tétraplégique. Je ne suis pas traumatisée, mon monde ne s’est pas effondré à cause de vraiment pas de chance. Je n’ai même pas le bras cassé, la cheville foulée. Je peux remballer mon “débrouillez-vous sans moi” et gentiment réintégrer ma vie. En tirant un peu sur les côtés, ça devrait passer tout seul. Et vous savez, c’est du cuir, ça se détend toujours, à la longue, et ça finit par s’adapter.

L’avion n’est pas tombé. Pas d’excuse pour sécher. Pas de pause forcée. Pas de regrets éternels. Ou temporaires, d’ailleurs, j’suis pas très à cheval sur les principes. Pas de souvenirs qui défilent à toute vitesse, pas de lumière blanche au bout du tunnel, pas de grande illumination mystique. Seulement des manches à retrousser, une thèse à rédiger, des décisions à assumer, une histoire à avancer. Une vie à vivre, bordel. Et plus d’avion à faire tomber pour tenter de m’échapper.

C’est pas d’l’amour – Face –

Bipolaires, à fleur de peau, réactifs
Deux aimants qui se repoussent, puis s’attirent
Combatifs, excessifs, alternatifs
En marge des stéréotypes ils se retirent

On se teste, on se blesse
On se cherche, on se délaisse
On se comprend, on s’indiffère
On se déteste, on se libère

C’est pas d’l’amour, c’est autre chose
Qui n’fait pas voir la vie en rose
Stimulant à petites doses
Mais nécessite pas mal de pauses

La tête en vrac, les choses à plat
On ne se tombe pas dans les bras
Quelques mesures, un pas de danse
La connivence chasse les offenses.

Un pas de danse chasse les offenses.

C’est pas d’l’amour, c’est autre chose
Qui n’fait pas voir la vie en rose
Stimulant à petites doses
Mais nécessite pas mal de pauses.

C’est pas d’l’amour – Pile –

D’accord cette fois c’est pas d’l’amour,
Bises polies, un brin d’humour
Valent aussi bien pour l’éconduit
Claque en pleine face ou cœur meurtri

Des amitiés en pointillé,
Les trous pour moi, à elles les traits
Frontières fermes ou ébranlées,
De mes fantasmes elles sont la clef.

Encore une fois c’est pas d’l’amour
Corps consommés sans un tambour.
Les sentiments, eux, bien cachés,
N’ont pas daigné se développer

On se rhabille au petit jour,
On réajuste nos atours
Sourires plaqués un peu gênés
Pourtant prêts à recommencer

Cette fois encore c’est pas d’l’amour
Je trompe l’ennui et tourne autour
D’un idéal, d’une envolée,
Évasion des réalités.

Trop belle, trop sage, inaccessible
De mes assauts elle est la cible.
Au bon moment le juste mot
Toujours j’affûte mon culot.